PLM : UN PROJET D’ENTREPRISE AVANT D’ÊTRE UN LOGICIEL

LE PRODUCT LIFECYCLE MANAGEMENT, AUTREMENT DIT LE PLM, A FAIT COULER BEAUCOUP D’ENCRE DEPUIS UNE QUINZAINE D’ANNÉES. ILLUSTRATION SANS DOUTE DE LA DIFFÉRENCE ENTRE LA THÉORIE (OU LES THÉORIES) DU PLM ET SON APPLICATION DANS LES ENTREPRISES MANUFACTURIÈRES. ALORS, LA DÉMARCHE EST-ELLE UNIVERSELLE OU RÉSERVÉE AUX SEULES GRANDES ENTREPRISES ? S’AGIT-IL DE GÉRER DES DONNÉES ? DES PROCÉDURES ? DES PROJETS ? OU, PLUS DIFFICILE, DES COLLABORATEURS ?...
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LE PLM ?KESAKO ?

La question est un petit problème en soi, puisque l’on trouve de nombreuses définitions différentes. D’ailleurs, inutile de chercher un éventuel ouvrage « Le PLM pour les nuls », ou « PLM : le guide du routard » il n’a pas encore été écrit, malgré de nombreux ouvrages sur le domaine. Cela prouve sans doute que le sujet, au-delà de sa définition, reste complexe.

En outre, le PLM a mauvaise réputation si j’ose dire. Beaucoup d’entreprises qui se sont lancées dans l’aventure au début du PLM ont en effet subi de sérieux revers lors de sa mise en œuvre. On imagine donc souvent que le PLM est un projet lourd, réservé aux produits complexes, donc aux grandes entreprises qui ont les moyens de revoir leur processus, de déployer les solutions logicielles, puis de les exploiter. Le PLM, pour Product Lifecycle Management, est pourtant un concept assez simple à résumer. C’est une démarche organisationnelle des entreprises pour gérer, au mieux, les données d’un produit pendant tout son cycle de vie, depuis le cahier des charges jusqu’à son retrait du marché. Et cette organisation s’appuie sur un logiciel dédié.

Finalement, toutes les entreprises manufacturières qui perdurent, utilisent les fondamentaux du PLM sans le savoir. Et le logiciel de PLM le plus répandu est sans aucun doute Excel ! Le problème, c’est qu’elles ne sont pas toutes au même niveau de maturité de leurs processus industriels, et que le tableur de Microsoft n’est pas l’outil le plus adapté à leur suivi… Or, le PLM bien appliqué est une véritable opportunité de progrès et de performance financière.

LE RÉFÉRENTIEL UNIQUE DU PRODUIT

Pour être concret, le PLM répond à des problématiques quotidiennes des entreprises, dont voici quatre exemples :
– La collaboration et les itérations de conception indispensables entre le bureau d’études, les achats, le marketing et les sous-traitants.
– Le suivi des modifi cations d’un produit et l’analyse de leurs impacts sur tout son cycle de vie.
– Le choix des différentes confi gurations du produit pour chaque typologie de clientèle.
– La gestion de tous les documents (cahier des charges, modèle 3D, plans, notes techniques, résultats et conditions de calcul, etc.) d’un projet…

Des tâches quotidiennes donc pour les fabricants et les bureaux d’études. Mais dans beaucoup d’entreprises, chaque acteur utilise bien souvent ses propres logiciels pour enregistrer les données dont il a besoin, et ses propres méthodes pour traiter ces différentes problématiques. Le PLM vise donc à harmoniser ces outils et ces pratiques. Pour cela, il repose sur un logiciel qui centralise et fournit des outils pour gérer les données liées aux produits de l’entreprise tout au long de leur existence. Son rôle est d’être un référentiel unique pour éditer, partager, tracer, et réutiliser toutes ces données selon des processus éprouvés.

QUE FONT LES LOGICIELS DE PLM ?

Historiquement, la première brique PLM adoptée par les industriels fut la GDT pour Gestion des Données Techniques (PDM en anglais). Ce « super explorateur » est souvent appelé Vault par les éditeurs pour signifi er qu’il s’agit d’un « coffre-fort numérique » qui protège vos données. Son utilisation est généralement réduite au seul bureau d’études et à ce qu’il produit comme informations. Ce logiciel dispose donc de toutes les fonctions pour gérer les autorisations d’accès aux données, les fi chiers CAO et documents techniques, faire des recherches multicritères, automatiser le versionning des fi chiers et plans, ou encore visualiser tous types de documents. Pour le bureau d’études, ce type de solution est souvent intégré aux offres CAO comme Solidworks ou Solid Edge. L’adoption est ainsi naturelle et apporte un confort et une sécurisation des développements de produits.

Les solutions PLM vont plus loin et couvrent tous les services et métiers de l’entreprise concernés par le cycle de vie du produit. Selon l’éditeur PTC, « le logiciel de PLM est conçu pour améliorer le fonctionnement des processus associés aux nomenclatures produit. Plus particulièrement, il permet aux fabricants d’optimiser la gestion et l’évolution d’une nomenclature pendant tout le cycle de vie du produit. Toutes les activités, quelles qu’elles soient, qui ont un impact sur la nomenclature, la modifi e, infl uence son cours ou la fi nalise, sont des facteurs qui commandent l’effi cacité opérationnelle globale de l’entreprise, et sont donc partie intégrante du PLM ». Pour synthétiser on pourrait dire que la GDT s’intéresse essentiellement à vos données, tandis que le PLM aborde en plus les process dont elles découlent.

PLM ?LE GESTIONNAIRE DE VOS PROCESSUS

Outre la centralisation et la gestion des données issues du BE, le PLM assure donc une fonction essentielle pour des produits complexes : la gestion de leurs confi gurations et de leurs différentes nomenclatures. Un modèle de voiture, par exemple, peut être décliné en de multiples confi gurations d’options et de variantes pour correspondre aux choix du client, aux législations locales, ou encore à des choix stratégiques du constructeur vis-à-vis d’un marché particulier. En outre, cette même voiture sera décrite par des nomenclatures différentes, mais forcément liées, si vous vous adressez au service conception, au service industrialisation, au service logistique, ou au SAV.

Le Logiciel de PLM a donc pour rôle de formaliser et de maintenir les liens entre toutes les données qui décrivent le produit. C’est aussi lui qui fournit des outils pour que tous les collaborateurs partagent ces données, à jour, et selon les filtres qui leur correspondent. L’ingénieur calcul n’a pas les mêmes besoins que le spécialiste marketing ou le dessinateur projeteur. Mais tous trois ont besoin d’accéder aux informations du produit qu’ils co-développent. Bien sûr, la sécurité est essentielle. Le logiciel fait office de « coffre-fort » qui centralise l’ensemble des informations et permet notamment, de définir des profils d’utilisateurs (lecteurs, auteurs, validateurs, administrateurs, etc.), de caractériser l’état de maturité de l’information, ou encore de gérer et tracer les modifications apportées à un document.

Autre rôle majeur d’un logiciel de PLM, celui de la gestion des processus. Les logiciels adoptent ainsi des procédures « pré-câblées » classiques pour les non-conformités, les demandes de modifications, la validation qualité, etc. Celles-ci sont issues des meilleurs pratiques des acteurs reconnus d’un domaine avec lesquels travaillent les éditeurs. Ces derniers ont d’ailleurs développé des solutions PLM spécifiques à un secteur d’activité comme l’emballage, l’agroalimentaire, l’oil & gaz, l’automobile, ou encore l’aérospatial/défense.

Le logiciel accorde les droits d’accès, assigne les tâches aux acteurs concernés, sélectionne les documents indispensables et assure le flux de ces documents selon les besoins de la procédure. Généralement, ces workflows sont personnalisables afin de coller aux habitudes de travail du client. La dimension projet fait également partie de ses fonctions. Le logiciel PLM assure ainsi le suivi de ces différents workflows, selon un planning établi, afin de responsabiliser les membres de l’équipe et leur donner de la visibilité sur ce qui leur est demandé, les livrables souhaités, et les tâches qui en découlent ou celles qui précèdent.

UNE DÉMARCHE D’ENTREPRISE ET NON INFORMATIQUE

La liste des fonctionnalités d’un outil PLM est longue et variable d’une solution à l’autre, d’un domaine d’activité à l’autre. Certaines offres du marché proposent par exemple des espaces de collaboration en ligne, la gestion des exigences, des connaissances de l’entreprises, des outils pour estimer les coûts, ou encore des liens avec les logiciels d’ERP et bien entendu de CAO. Et puis, l’offre logicielle a beaucoup évolué ces dernières années. A côté de Dassault Systèmes, PTC et Siemens PLM Software, il faut aussi compter sur des éditeurs comme Autodesk, Audros, ou Lascom, et même un nouveau venu sur le marché français : Aras. Avec pour ce dernier une solution dans le cloud disponible en mode SaaS téléchargeable gratuitement – seuls les services associés sont payants -et un accès libre au code source du logiciel !

Reste que cette couverture fonctionnelle transversale ne facilite pas finalement le choix de la solution. L’adage qui peut le plus peut le moins n’est pas applicable dans une démarche PLM, qui n’est pas un projet informatique comme les autres. En effet, il ne s’agit pas d’adopter un nouveau logiciel et de former quelques collaborateurs clés pour que la greffe prenne. L’infl uence du PLM sur les habitudes de travail exige souvent une remise en cause plus ou moins profonde de ces process, ne serait-ce que pour les identifi er, et les formaliser. C’est donc un projet d’entreprise qui impose une implication totale de la direction, et souvent l’aide d’un intégrateur extérieur. Ce dernier sera une ressource précieuse pour choisir le périmètre fonctionnel du PLM et l’outil le plus adapté, puis le déployer en le connectant aux autres logiciels de l’entreprise, puis à l’exploiter. Mais le retour sur investissement d’une démarche PLM même modeste et bien menée en vaut la peine…

POURQUOI ADOPTER LE PLM ?

Pourquoi l’adoption du PLM est-elle importante ? C’est sans aucun doute parce qu’il donne l’occasion d’optimiser ses processus de travail. Or, les processus de conception et d’industrialisation des produits compte autant, si ce n’est plus désormais, que les produits eux-mêmes pour la rentabilité de l’entreprise !

Pourtant, les produits se complexifient, les entreprises s’agrandissent ou sous-traitent et les équipes de développement sont dispersées. Les fabricants doivent de surcroît faire face à une concurrence exacerbée, à des règlementations nombreuses et en perpétuelle évolution, et bien évidemment satisfaire des clients qui attendent l’innovation permanente. Autant de défi s à relever sans pour autant avoir la liberté d’augmenter les coûts et les délais de développement, bien au contraire !

Pour les éditeurs PLM, l’une des solutions est la démarche PLM. Et ils ne manquent pas d’arguments sur les effets positifs de l’intégration numérique par le PLM : optimiser les phases de design, diminuer les tests physiques, relier et automatiser les processus industriels, intégrer le produit et les services qui lui sont associés, diminuer les coûts de développement et les temps de mise sur le marché des produits, etc. Tout cela est vrai, si la démarche est correctement mise en œuvre et perdure comme référentiel de développement. poursuivre sa croissance constante supérieure à 10% depuis 10 ans. Aux grands groupes de servir de locomotive pour entraîner leurs sous-traitants et les PME avec eux.