CONCEPTION NUMÉRIQUE : LES QUESTIONS À SE POSER POUR PROGRESSER

SOUMISE À UNE INNOVATION CONTINUE, LA CONCEPTION NUMÉRIQUE, AVEC SES MULTIPLES FACETTES, EST EN PERPÉTUELLE MOUVANCE. DE MÊME QUE LE MÉTIER DE CONCEPTEUR NUMÉRIQUE CHANGE EN PROFONDEUR, LES APPLICATIONS ET MÉTHODES DE TRAVAIL VONT ÉVOLUER PLUSIEURS FOIS AU COURS DE SA CARRIÈRE.
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CONCEPTION NUMÉRIQUE ? DE QUOI PARLE-T-ON ?

Revenons à la définition de la conception numérique. Il s’agit du regroupement d’un ensemble de procédés et de méthodes permettant de gérer l’ingénierie de toutes les phases d’un produit. Ce périmètre est très large. Il englobe le bureau d’études, la R&D, l’ingénierie, le bureau des méthodes et l’industrialisation, les essais, les tests et contrôles. Ses disciplines, au gré des secteurs, portent aussi bien sur l’hydraulique, l’électrique, l’électronique, l’aérodynamique, la thermique, le stress, que les études transverses : poids et centre de gravité/ inertie, les simulations multiphysiques…

Evolutive, la conception numérique prend aussi des formes très différentes selon les contraintes et moyens des entreprises et la maturité des utilisateurs. La start-up qui vient d’acheter une imprimante 3D de bureau pour fabriquer des objets marketing ou quelques prototypes de design n’utilisera pas la même solution de conception numérique qu’un géant multinational du domaine de l’aéronautique. Ce dernier cherchera par exemple à optimiser son processus de développement en l’axant sur la continuité numérique ou sur les aides spécifiques aux métiers et aux savoir-faire (guides, macros, analyses selon des règles et standards métier internes…).

Et pourtant, des points communs les réunissent. Tous deux cherchent à obtenir une pièce ou un ensemble de pièces physiques pour répondre à un besoin fonctionnel qui sera traduit en formes géométriques fixes ou mobiles avec leurs caractéristiques. Tous deux vont faire vivre aussi la version numérique de la pièce en proposant des concepts alternatifs, et de nouvelles versions. L’objectif est d’affiner les caractéristiques fonctionnelles et la performance de la pièce, gérer plusieurs variantes pour s’adapter aux besoins marché, et suivre les évolutions de contexte en cours de conception. La pièce physique sera stockée, maintenue, réparée et, en parallèle, les versions numériques suivront leur cycle de vie.

LES QUESTIONS À SE POSER POUR PROGRESSER

Si des étapes de la vie du produit sont communes aux deux formes de conception numérique, « artisanale » et industrielle, la quantité des pièces traitées et la systémisation sont tout autres. Si la flexibilité recherchée, y compris dans les grandes entreprises, peut s’inspirer des méthodes et de la spontanéité du « petit » créateur ou de la start-up, cette dernière a fort à gagner d’une vision d’ensemble et de l’automatisation de la rigueur des grandes structures.

COMMENT CHOISIR SA SOLUTION DE CONCEPTION NUMÉRIQUE ?

Le choix des outils et méthodes s’étend sur deux axes : les besoins métiers et les technologies associées qui reflètent la complexité du produit à concevoir, et l’étendue des offres fournisseurs. Comment choisir la meilleure solution de conception numérique parmi le vaste choix du marché ? Plutôt que subir la poussée technologique, mieux vaut laisser le besoin tirer les solutions, et donc se poser les bonnes questions avec recul et réalisme :
– Quels sont les besoins de mon secteur ?
– Quelles sont les solutions proposées ?
– Quelle est mon ambition ?
– Comment vais-je pouvoir suivre les évolutions d’outils (versions) tout en maîtrisant la migration de mes spécificités ?
– Que font mes concurrents directs ?
– Ai-je un avantage concurrentiel à choisir une solution de conception numérique en rupture sur tel ou tel concept ?
– Sur quels aspects les outils vont-ils renforcer mon avantage concurrentiel ? Comment renforcer et protéger ma position de leader ?
– Sur quels aspects ai-je intérêt à profiter de la progression du marché ? Sur quels aspects suis-je suiveur ?

COMMENT LE MARCHÉ EST-IL SEGMENTÉ ?

Parmi les ambitions des entreprises face à la conception numérique, on peut distinguer 3 catégories de niveau de pratique : Basique : les entreprises qui cherchent à assurer un minimum vital organisationnel qui leur est imposé par une norme, un fournisseur, ou encore simplement une volonté interne de ne pas avoir une organisation chaotique. Il s’agit d’assurer les fondamentaux techniques, organisationnels et processus.

Mainstream : les entreprises qui cherchent à ne pas perdre le fil de l’innovation en adoptant les solutions et options leaders du marché. Elles font généralement le choix d’une solution ou d’une organisation en fonction de leurs concurrents. En général, ces entreprises ont déjà un système de solution de conception en place et cherchent à se renouveler ou à se remettre à niveau. Les premiers de cordée : les entreprises qui cherchent à innover. Quitte à risquer l’échec sur une solution, elles veulent tester une idée ou un produit avant leurs concurrents. Ces entreprises font parfois office de « beta testeuses » avec les contraintes associées, mais visent à maintenir une avance de phase par rapport au marché.

Les trois catégories ci-dessus doivent être modulées en fonction des caractéristiques et des éléments de contexte de l’entreprise : sa taille, sa capacité d’investissement actuelle, son ambition voire sa culture d’entreprise.

DE LA MAQUETTE NUMÉRIQUE AUX PLATEFORMES DE CONCEPTION

A ces trois catégories de niveau de pratique en entreprise, sont proposées des solutions diverses : gestion de la maquette numérique, standardisation, représentation numérique, simulation, intégration de maquette numérique et liste de pièces, gestion de configuration, récupération des données issues des capteurs/IoT, stockage et analyse des données, fabrication additive, réalité virtuelle/réalité augmentée et encore bien d’autres notions, toutes à leurs échelles et surtout adaptées à leurs besoins.

Le critère majeur d’adoption d’une technologie est qu’elle doit pouvoir s’intégrer sans effort excessif avec l’écosystème en place dans l’entreprise, c’est-à-dire avec les méthodes et outils de développement déjà présents. Pour répondre à ce besoin, les grands offreurs de solutions fournissent maintenant des plateformes de conception complètes avec des capacités d’intégration de processus. Ainsi, de la résistance des matériaux, des ateliers de conception composite ou chimique, aux schémas électriques détaillés en passant par l’analyse d’impacts environnementaux des systèmes, les logiciels jouent sur la complémentarité.

Dans le meilleur des cas, les solutions de conception favorisent la transversalité des bureaux d’études et marketing qui autrefois se parlaient peu. Luttant contre l’inévitable tendance humaine du silo, les systèmes de conception simultanée et multidisciplinaire se répandent et gagnent en efficacité et compétitivité. Ainsi, les incohérences entre les services marketing ou technique peuvent être repérées au plus tôt, dès le début de la conception. Ainsi, une PMI high-tech a pu tester en avance de phase un composant préfigurant un nouveau produit souhaité par les équipes marketing, permettant de mettre en relief une impossibilité technique et de reconcevoir à temps le produit.

Avec l’amélioration des réseaux et l’adoption globale du haut débit, les systèmes se connectent au-delà des frontières de l’entreprise et aujourd’hui l’entreprise étendue prend tout son sens, facilitée par ces progrès techniques. Clients, fournisseurs, fabricants, éditeurs communiquent plus facilement et se mettent d’accord sur un langage commun pour collaborer pendant les phases de conception. La tendance de fond déjà amorcée depuis plusieurs années pour stocker et échanger des volumes de données de plus en plus importants s’étend aujourd’hui à l’entreprise étendue.